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LES SOLDATS PERDUS D'ALEXANDRE LE GRAND
Introduction
Les Brogpas ou Bouddhistes Dardes constituent un groupe ethnique farouchement indépendant et croient en leur origine purement aryenne. On trouve leurs homologues musulmans dans la région de Curaiz dans la vallée du Cachemire, à Drass et dans les villages de Chulichang et Gurgurdo dans le secteur de Batalik du district de Kargil. On trouve aussi des Dardes à Gilgit, qui est maintenant en territoire pakistanais. Seuls les bouddhistes Dardes ont réussi à maintenir intacte la "culture aryenne". En fait leur identité est intimement liée à leur culture "unique" dont ils donnent souvent des représentations pleines de ferveur et d'enthousiasme. La coiffure, qui est le symbole de la tradition aryenne vieille de plusieurs siècles, est ornée de fleurs colorées et chatoyantes parmi lesquelles le "Monthu Tho" se distingue nettement. Le Monthu Tho, comme s'il s'agissait d'une règle tacite, trouve une place "sacro-sainte" dans les champs de tous les domaines Brogpas.
Il y a deux voies d'accès principales vers les quatre villages Bouddhistes Dardes de Garkhun, Darchiks, Dah et Hanu. L'une de ces voies vient de Khaltse, le long de l'Indus, et l'autre arrive de Kargil. La route de Kargil a été construite en 1983 et passe par le village d'Apathi jusqu'à Hamboting La, descend vers le village de Lalung, puis continue le long du cours d'eau Salmo au-delà du village de Salmo vers Batalik sur les rives de l'Indus. Face à Batalik, de l'autre côté
de l'Indus, se trouve le village de Gurgurdo qui est l'extension la plus
nord-occidentale de l'implantation bouddhiste. Gurgurdo est l'un des hameaux
du village de Garkhun, l'autre étant Hurdas. Sur la rive sud de
l'Indus, et plus en amont de Batalik, on arrive au village de Darchiks.
Darchiks a pour hameaux les deux villages de Sanache et Mantha. Dah, qui
est à environ trois kilomètres du village de Garkhun, est
souvent considéré comme le "centre culturel" de
la culture bouddhiste Darde. Dah a aussi quatre hameaux qui sont Lasflence,
Byema, Baldez et Sanid. Les hameaux de Hanu sont Kaskas, Pharul et Yagon.
Historiquement, le rôle de ces hameaux était (et reste) de
servir de zones d'habitat d'été, mais maintenant, suite
à la disparition progressive de la polyandrie en tant que forme
dominante de mariage, les hameaux se transforment en villages à
C'est lors de la séparation du Ladakh en deux districts, Leh et Kargil, en 1978 que les quatre villages Brogpas ont été répartis entre ces deux districts, Garkhun et Darchiks passant sous le ressort administratif du district de Kargil et les deux autres villages de Dah et de Hanu sous celui de Leh. Le secteur de Batalik est une partie du Ladakh - communément appelée le "Pays de la Lune", le "Petit Tibet" ou le "Dernier Paradis Terrestre" - qui se détache en tant que région fertile sur la toile de fond aride, quasiment désertique du Ladakh.
Il est intéressant de remarquer qu'il
n'existe aucun texte historique qui atteste de leur origine aryenne et
cela reste un domaine sous-exploré par les chercheurs également.
Cependant, ce qu'il est important de souligner, c'est la certitude des
Brogpas de leur origine royale aryenne. Cette croyance pourrait être
étayée par leurs caractéristiques physiques. Comparés
à leurs homologues mongoloïdes de Leh, ils sont réellement
plus grands, plus clairs de peau, avec La route de migration qu'ils prétendent avoir suivie commence à Gilgit et se termine à Ganox (maintenant en zone d'occupation pakistanaise) en passant par différents lieux : Turmukh, Rome, Skardu, Kareix, Sixuar, Parkuta, Shigar et Gavis. Leur Histoire raconte comment les trois frères Dulo, Melo et Galo se sont d'abord installés à Dah puis se sont étendus aux autres villages de Garkhun, Darchiks et Hanu. Chaque nom de village a sa propre signification. Par exemple, le nom de Dah vient du jour où l'un des frères a tiré une flèche du haut d'un mont et où de l'eau a jailli de l'endroit où la flèche a touché le sol. D'où le nom de Dah, qui dans leur langue signifie flèche. De même, le village de Garkhun tient son nom du frère Galo qui s'est installé dans ce village. Darchiks, par ailleurs, signifie village en terrasses. Ce nom convient bien à l'habitat en terrasses de Darchiks.
Les Brogpas ont toujours été de tradition agro-pastorale. La zone étant propice à la culture des abricots, les habitants les échangeaient souvent contre du sel dans la zone de Chang Thang dans le district de Leh. La voie commerciale s'étendait jusqu'à Skardu qui est maintenant, du fait de l'occupation pakistanaise, totalement hors des circuits commerciaux. Pourtant les quelques dix dernières années ont vu une remontée de la commercialisation des produits de l'abricot et c'est devenu un pilier économique pour les villageois. Bien entretenu, chaque abricotier peut rapporter une somme allant jusqu'à 20.000 à 30.000 roupies par an. En plus de la plantation d'abricotiers à grande échelle, la fertilité de cette zone a également été exploitée pour générer des revenus à partir de différentes productions légumières et fruitières comme des tomates, des navets, de l'orge, des pêches et des raisins. En dehors de l'agriculture, les Brogpas sont aussi traditionnellement des éleveurs. Dans le passé, chaque famille avait un cheptel d'environ 1.000 moutons. Il est intéressant de noter que les Brogpas, à l'origine Hindous, considéraient comme interdit l'élevage de vaches et de poules.
L'une des raisons pour les jeunes générations de considérer que l'agriculture est un mode de vie moins lucratif est ainsi largement due aux changements écologiques de la région. La période qui a suivi la guerre de Kargil a connu une grande activité dans la région. Les postes militaires créés pour la défense des frontières à proximité des villages ont aussi intensifié les occasions pour les villageois de travailler soit comme porteurs, transportant les provisions de l'armée d'un poste à l'autre sur de petits ânes, soit comme recrues militaires. Le portage est apparu dans les quatre dernières années comme l'une des activités les mieux payées, étant donné que chaque petit âne (les Small Donkeys - SD, comme ils sont appelés communément - sont les plus agiles de tous les ânes et sont de ce fait les préférés) peut rapporter jusqu'à 5.000-6.000 roupies par mois, soit environ 200-250 roupies par jour. Un chef, nommé le Nambardar, dirige le village. Un villageois doit satisfaire à des critères très stricts d'éligibilité pour tenter d'assumer la charge de l'organisation et de la gestion du village. Dans tous les cas, seuls les hommes sont autorisés à se présenter aux élections de nambardar. La responsabilité du nambardar consiste à collecter les revenus agricoles des villageois et à les verser dans le Tehsil, à gérer la propriété du village, à enregistrer les naissances et les décès et à résoudre les conflits du village. Il est aussi le médiateur entre l'administration du district et la population locale. L'équipe administrative du nambardar comporte un Kotwal qui est choisi à tour de rôle parmi toutes les familles pendant la fête de Losar. Chaque famille doit obligatoirement fournir des chèvres, une certaine quantité de riz et de ghee (beurre clarifié) au Kotwal qui les conserve en prévision de l'arrivée de visiteurs. Si personne ne vient, le Kotwal peut garder les denrées pour sa propre consommation. En 2001, pour la première fois, l'élection du Panchayat a eu lieu dans l'état de Jammu et Cachemire. Toutefois le Panch n'a pas altéré l'autorité du nambardar jusqu'à présent et la population lui accorde la plus grande allégeance. Le Panch n'assume pas de rôle fonctionnel et le nambardar dirige largement les affaires du village. Les Brogpas sont renommés pour leur culture spécifique, qu'ils ont conservée malgré toutes les incursions du monde extérieur. Bien que des vagues de changement se soient glissées dans la vision du monde qu'ont les Brogpas, la particularité de la région est l'équilibre harmonieux entre la modernité et la tradition. Tout en réclamant de meilleures écoles et des emplois tertiaires, la population s'accroche fermement dans le même temps à ses racines, ce qui lui donne sa propre identité. La vue du village et de la coiffure flamboyante, appelée localement "kho", parsemée de fleurs de toutes les formes et couleurs, vous donne envie de partager leur mode de vie. Les Brogpas sont un peuple qui aime s'amuser et leur mode de vie est marqué par des festivités, ce que l'on constate aux fréquents "melas" qu'ils organisent pour fêter une occasion ou une autre. Il y a deux fêtes principales, que les Brogpas célèbrent avec beaucoup de ferveur et d'enthousiasme. La saison festive est pleine d'amusement, d'espièglerie et d'activités culturelles. Losar (le Nouvel An) est fêté le premier jour du onzième mois du calendrier ladakhi, qui tombe généralement mi-décembre. "Bona na" est l'autre fête, qui est célébrée la première semaine d'octobre. La fête dure cinq jours et donne aux jeunes l'occasion de choisir leurs conjoints. Cette fête est spéciale du fait qu'elle est célébrée en alternance dans les villages de Dah, Garkhun et Ganox. Depuis que Ganox est en zone d'occupation pakistanaise, une année est laissée de côté pour eux et la fête est célébrée à Dah et Garkhun quand c'est leur tour.
L'une des principales particularités des Brogpas est en train de disparaître du fait des changements écologiques et commerciaux. Auparavant les gens s'abstenaient absolument de consommer des produits issus de la vache. Même le lait de vache était considéré comme trop sacré pour la consommation humaine. Cependant la population commence à élever des vaches et à consommer leur lait. De plus, dans le passé, durant l'hiver, ils tuaient au moins 15 chèvres pour la viande. Maintenant, en grande partie à cause des réductions considérables du nombre de têtes de bétail, ils achètent généralement la viande rouge au marché plutôt que de la tuer et la stocker chez eux. Les Brogpas étaient au départ des animistes, une forme primitive de religion, caractéristique de la plupart des groupes tribaux de l'Inde. Cependant la croyance générale des autochtones est qu'ils étaient "shivaïtes", ce dont témoignent les statues encore adorées dans certaines maisons, dans des espaces clos appelés "sabdaks". C'est seulement à la fin du 19ème siècle, sous l'influence d'un lama de Skurbuchan, que le bouddhisme s'est propagé. Pourtant, malgré le fait que les gens vénèrent Bouddha et sa version réincarnée sous la forme du Dalai Lama, ils ont personnalisé le bouddhisme et l'ont modelé pour l'adapter à leur tissu culturel plus vaste. Par exemple, manger de la viande, adorer des statues et sacrifier des chèvres pour certains rites religieux, se pratiquent avec un respect sacré, bien que cela aille à l'encontre des principes du bouddhisme. Les habitudes maritales des Brogpas suivent de près les nécessités de la nature et de l'écologie dans la région du Ladakh. De façon à garder la population sous contrôle et aussi pour maintenir de grands lots de terrains indivisés, les gens ont pratiqué la polyandrie comme mode principal de mariage. Comme la plupart des sociétés tribales en Inde, c'est la famille du marié qui est censée payer la dot de la mariée, qui se compose à Garkhun d'une chèvre ou un mouton, de vêtements de laine et d'1 kg de ghee ou de beurre. En cas de divorce du mari, la femme est censée rendre ces biens. La coutume d'offrir la dot à la mariée est appelée "ringminispa". Traditionnellement, les femmes ne bénéficient pas du droit de divorcer de leur mari, ceci étant considéré comme une prérogative masculine. Cependant, l'influence du bouddhisme a aidé à garantir certains droits aux femmes, grâce auxquels elles peuvent cesser toute relation avec leur mari. Un phénomène plus récent qui gagne du terrain est le mariage suite à une fugue amoureuse. C'est plus par le consentement mutuel du garçon et de la fille que les habitudes du mariage sont modifiées. Toutefois, le mariage des enfants prévaut encore, c'est plus une règle qu'une exception. Les Brogpas ont défini des rites et des coutumes pour marquer la naissance d'un enfant. Les femmes préfèrent accoucher dans l'environnement sûr de leurs maisons bien qu'il ne soit pas inhabituel de faire toute la route jusqu'à Leh pour bénéficier de soins médicaux. Les parents du nouveau-né sont censés respecter des tabous stricts, qui incluent le fait de ne pas rencontrer d'étrangers pendant au moins quatre jours, de ne pas visiter de sites religieux comme le Gompa (monastère bouddhique) ou le "Changra" - un endroit où les melas (fêtes familiales) ont lieu. Les parents donnent une grande fête appelée "Bangri" où tous les villageois sont invités. Les Brogpas suivent le calendrier tibétain et une année comporte seulement onze mois. Les âges sont définis en conséquence et l'âge d'un individu donné lui est attribué tous les douze ans, le jour de Losar. L'un des groupes sociaux les plus importants chez les Brogpas est celui des "Phaspun". Un Phaspun est un groupe de plusieurs familles qui appartiennent au même clan (même ancêtre). Un groupe soudé, qui comprend également les voisins immédiats de la maison, vient aider à l'occasion de tous les événements comme le mariage, la naissance ou le décès. Le rôle du Phaspun est particulièrement marqué dans le rituel de décès qui est très élaboré. C'est le Phaspun qui organise la crémation du mort. Les membres de la famille immédiate ainsi que les membres du Phaspun doivent observer une période de quarantaine d'au moins six mois qui inclut l'enlèvement des fleurs du "kho" et l'abstention de danser. Une fois cette période terminée, les gens de la maison où le décès est survenu organisent une fête. Le Phaspun joue de nouveau un rôle central dans l'organisation de la fête. La société Brogpa est égalitaire dans son organisation, ce qui signifie qu'on n'y rencontre pas de système de classe. L'organisation du village ne permet pas à une famille particulière d'être largement plus prospère que les autres. C'est principalement dû au fait que les gens ont traditionnellement été des agriculteurs possédant plus ou moins la même surface de terres. Pourtant des disparités récentes ont été observées étant donné qu'une famille peut posséder de 7 marlas à 50-60 kanals de terres. Les emplois tertiaires s'infiltrent fortement et, à titre d'exemple, à ce jour le village de Garkhun a engendré deux ingénieurs, trois instituteurs et plusieurs recrues de l'armée ou de l'ITBF (Indo-Tibetan Border Force – Forces armées de la frontière indo-tibétaine). Ceci n'a pourtant pas amené un changement radical dans le style de vie des membres de la famille qui sont restés sur place.
L'organisation de la famille Brogpa est patriarcale par nature. En conséquence, la propriété se transmet suivant la lignée familiale du père. Par principe, les femmes ne possèdent ni terres ni bétail. La seule propriété à laquelle elles ont droit est celle de leurs bijoux d'argent, qu'elles reçoivent de leurs parents le jour de leur mariage. Les femmes sont une grande source de travail. En fait leur valeur est liée au travail qu'elles peuvent fournir à une famille donnée. C'est pour cette raison que les femmes sont "achetées et vendues" lors des mariages. Les femmes Brogpa font l'essentiel du travail agricole et ménager. Les hommes participent aux semailles, aux récoltes et à quelques travaux spécifiques comme la préparation des fils de laine pour le tissage. La charge de travail du tissage est partagée par les hommes et les femmes. Les Brogpas sont un peuple simple, aimant
s'amuser. Bien qu'ils soient d'un groupe ethnique farouchement indépendant,
ils communiquent librement avec les étrangers et se lient facilement.
Malgré le manque de développement et d'éducation
dû à l'isolement de la culture des Brogpas, leur tradition
et leurs coutumes sont uniques. Pour que leur développement se
poursuive, le Gouvernement d'Etat a beaucoup à faire pour l'évolution
des Brogpas. Site intéressant sur les Dardes : http://ladak.free.fr/dahanu/html/dahanu.htm |
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