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Le Sikkim est un des plus petits États de l'Inde, puisqu'il
ne s'étend que sur 7 096 km2 et ne comptait que 406 457 habitants lors
du recensement de 1991, dont une quarantaine de milliers résidaient dans
la capitale, Gangtok.
Son unité physique est nette et sa constitution simple. Le haut bassin
de la Tista, qui en forme l'essentiel, est vigoureusement circonscrit
par des montagnes élevées. Au nord, il est limité par la haute chaîne
du Grand Himalaya, ici mince et dépassant 6 000 m. À l'est et à l'ouest,
il en part deux grands éperons nord-sud, qui forment des cloisons remarquables.
À l'ouest, la chaîne des Singalila est très élevée et très continue. Elle
se raccorde à la haute chaîne par le massif du Kanchenjunga (8 586 m d'altitude),
qui est le troisième plus haut sommet de l'Himalaya et du monde. À l'est,
la chaîne de Donkhya est moins élevée, et comporte plusieurs cols aisément
franchissables, menant vers la vallée de la Chambi. Celle-ci, orientée
du nord au sud, forme à l'est du Sikkim un saillant de la province chinoise
du Xizang (Tibet) le séparant du Bhoutan. Les cols offraient des voies
de passage vers les centres les plus importants du Tibet, et notamment
vers Lhassa. Le plus connu est celui de Tong La, situé à 4 600 mètres
d'altitude, mais largement ouvert et assez facilement franchissable. La
largeur du bassin de la Tista, la profondeur de la vallée aussi s'expliquent
par l'humidité du climat, liée aux abondantes pluies de mousson qui s'abattent
pendant l'été, et par la prépondérance de roches résistant mal à l'érosion
(schistes plus ou moins métamorphiques essentiellement). La pyramide du
Kanchenjunga, en revanche, est due à l'affleurement d'une masse cristalline
au cœur d'un gigantesque anticlinal.
Malgré la simplicité des grandes lignes du relief, le Sikkim est varié
en raison de l'étagement des zones climatiques, et donc de la végétation
et de l'agriculture, et aussi à cause de la diversité ethnique, linguistique
et culturelle des populations. Les plus hautes régions du Sikkim sont
à plus de 8 000 m d'altitude, mais les plus basses, très restreintes il
est vrai, sont aux environs de 200 mètres. L'organisation de l'espace
est donc essentiellement fonction de l'étagement.
Au sud, quelques vallées appartiennent à la zone tropicale, avec une forêt
de feuillus de climat chaud et des cultures de riz. La partie la plus
vivante du pays s'étend entre 1 200 et 2 200 m environ, avec un climat
de type déjà tempéré, une forêt de feuillus semblables à ceux de l'Europe
occidentale. La culture dominante est celle du maïs, associée à celle
de l'orge, de l'avoine, des cardamomes. L'élevage repose sur l'utilisation
des yaks, mais aussi d'un hybride yak-vache, le zomo. Les fonds de vallée,
très étroits à cette altitude, où l'empreinte glaciaire est faible, sont
assez peu occupés. Les hommes sont installés sur des versants, soigneusement
aménagés en terrasses, sur lesquels les habitations se dispersent. Il
n'est pas rare de voir un même groupe humain exploiter des champs étagés
sur plusieurs centaines de mètres de dénivelé, voire sur plus de mille.
De 2 200 à 3 600 m environ règne un climat tempéré froid, avec encore
des feuillus, mais moins de défrichements. Le maïs cède ici la place au
blé, aux pommes de terre. La forêt de conifères, entre 3 000 et 3 600
m, est utilisée comme zone pastorale, avec d'importants mouvements de
troupeaux, car la neige y est assez abondante chaque hiver. Cet élevage
utilise aussi la zone des alpages, de 3 600 à 5 000 m environ, au-dessus
de laquelle commencent les neiges persistantes. L'étagement interfère
avec la complexité du peuplement pour expliquer la répartition des activités.
En effet, selon l'appartenance ethnique et culturelle, les modes de vie
peuvent être différents pour des groupes occupant le même milieu. Les
populations les plus anciennes du Sikkim sont des Lepchas, parlant des
langues tibéto-birmanes et d'aspect plus ou moins mongoloïdes. Ils sont
généralement pasteurs ou agriculteurs, et pratiquent un bouddhisme plus
ou moins teinté d'animisme. Ils sont très minoritaires dans la population.
En effet, le Sikkim a été progressivement peuplé de Tibétains, souvent
pasteurs et caravaniers. Ceux-ci représentent plus du tiers de la population.
Cependant, les hindouistes venus du Népal et de l'Inde forment la majorité
de la population. C'est parmi eux que se recrute la plus grande partie
des agriculteurs.
L'économie du Sikkim est encore très repliée sur elle-même, bien que les
richesses minérales soient importantes (minerai de fer, cuivre, antimoine,
bismuth, plomb, zinc, etc.). Mais le véritable intérêt du Sikkim est ailleurs,
dans sa position sur une route transhimalayenne qui fut très fréquentée
(autant que toutes les autres tout le long de la chaîne). Déjà, pendant
la période coloniale, les Britanniques s'étaient intéressés à la région,
sur laquelle ils avaient établi un protectorat de fait. Ils avaient d'ailleurs
annexé le sud du pays, la région de montagnes de Darjeeling, célèbre par
ses plantations de thé et ses stations d'altitude. L'Inde indépendante
reprit cette tradition, surtout après l'occupation du Tibet par la Chine.
À partir de 1950, les relations diplomatiques furent assurées par le gouvernement
de New Delhi, et, en 1975, le Sikkim est devenu un État de l'Union indienne.
Source : Encyclopædia Universalis
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